Les Forges de Bologne déménagent. Après l’annonce du départ, le maire a tenu une réunion publique afin d’expliquer à tous pourquoi et surtout évoquer l’avenir.
La réunion publique organisée à l’initiative de Jean-Yves Roy mercredi soir à la salle des Fêtes de Bologne abordait deux sujets : le passé et l’avenir. Le présent, qui aurait dû logiquement s’intercaler, a été volontairement escamoté ; on va comprendre ici pourquoi. Mais avant d’évoquer le fond, intéressons-nous à la forme : pas loin de 150 personnes étaient présentes ; un soir de vacances, deux jours avant Noël, c’est un exploit qui en dit long sur le choc ressenti par la commune. Dommage que les jeunes aient boudé. C’est bien pourtant d’eux dont il fut question lorsque l’avenir s’est imposé dans les propos du maire. Puisque les Forges resteront “de Bologne”, en s’installant à l’entrée de Chaumont, la zone pourrait devenir “Plein’Est de Chaumont-Bologne”. C’est une idée, purement symbolique. D’autres vont suivre, pour digérer.

 

Une course contre la montre

Quand l’élu a pris la parole, la gorge serrée, toute la salle s’est tue ; comme si les citoyens présents, de tous bords, mesuraient les enjeux et qu’un accord tacite d’écoute, de respect s’imposait naturellement pour opposer un front uni au désarroi.
Jean-Yves Roy a commencé par rappeler longuement l’historique des Forges et de la relation particulière que l’entreprise et la commune avaient nouée au fil du temps. Il s’est surtout attardé sur la période “Manoir”, quand, en janvier 2008, le propriétaire des Forges a vendu les murs à une société immobilière israélienne : Kalkalit Blade. Cette vente était assortie d’un bail pour l’entreprise, bail qui se terminera le 31 décembre 2109.
On a donc une entreprise – les Forges – qui paient un loyer pour travailler dans des murs qui ne lui appartiennent pas. Or cette entreprise est vendue au groupe Lisi. Ce nouveau propriétaire analyse son fonctionnement, ses atouts, sans handicaps, et décide de la réhabiliter. L’histoire, la pousse anarchique des bâtiments, tout autant que la configuration géographique du site amènent vite l’entreprise à réaliser que la réhabilitation coûtera deux fois très cher. La première fois parce qu’il faut tout refaire ; la seconde parce qu’il faut refaire quelque chose qui appartient à un autre et que cet autre – le propriétaire – pourra même, au renouvellement du bail, exiger une hausse du loyer puisque les bâtiments refaits auront pris de la valeur !
Cette réflexion de Lisi se déroule comme une course contre la montre. 2019, c’est demain. Les enjeux se mesurent en millions. Dès lors, le préfet s’impose comme l’interlocuteur de Lisi. En juillet, Lisi décide la construction d’une nouvelle usine et transmet un cahier des charges au préfet qui le diffuse auprès des élus du secteur potentiellement concernés. Le 22 septembre, Jean-Yves Roy propose un premier projet qui répond à ce cahier des charges, puis un second, toujours à Bologne. La décision de Lisi est repoussée à plusieurs reprises. La solution d’une SEM portée par le territoire, pour bâtir l’usine est retenue par Lisi qui l’a déjà testée avec Bonheur près de Belfort. Aucun dispositif identique n’existe en Haute-Marne. Personne ne veut payer seul. Le temps presse. L’angoisse gagne le camp des Bolognais… Bruno Sido débloque la situation en proposant la création de la SEM “Haute-Marne Immo-Bail”. On est début novembre. On sait donc que les Forges resteront en Haute-Marne. Mais où ? Quatre sites demeurent sur la short list. Le 16 décembre, à l’aube d’une nuit blanche, Jean-Yves Roy est informé du vainqueur.
On connaît aussi en creux le perdant, dont personne ne parle : Kalkalit Blade, propriétaire d’une cinquantaine de bâtiments qui ne vaudront plus grand-chose en l’état dans cinq ans…

L’avenir à bras-le-corps

L’avenir, aux lignes bien incertaines, a constitué le second volet du propos du maire. Jean-Yves Roy plante le décor : «quelle stratégie devons nous élaborer ?». D’emblée, il lance des pistes : «il faut éviter que le site ne devienne une friche industrielle» mais «la commune n’achètera pas». Il met aussi immédiatement en place un plan de soutien aux commerces existants. Il annonce aussi la couleur : «il faudra réviser ou abandonner certains projets». Pourtant, il n’y a pas le feu : les ressources des Forges pour la commune devraient même croître jusqu’en 2020. Si, il y a le feu pour Jean-Yves Roy dont la posture est claire : «nous sommes dès maintenant au 1er janvier 2020». Voilà pourquoi il ne parle pas du présent et projette dès maintenant toute sa réflexion sur ce futur proche : quand les Forges ne seront plus là. Devenu expert en finances publiques, il fait ses comptes, anticipe sur ce qu’il touchera si…, et ajoute dans l’équation ce qu’il perdra si…
Jean-Yves Roy martèle : «mettons-nous en marche comme si nous étions au 1er janvier 2020». Il rassure aussi : 270 Bolognais travaillent déjà à Chaumont. Les taxes sont moins chères ici. Bologne a des médecins, des commerces, des services. Et Jean-Yves Roy de conclure, sans doute rassuré par l’attitude digne et responsable des citoyens réunis autour de lui : «l’avenir n’est peut-être pas aussi sombre qu’on peut le penser».