blog eco p Gilles_Grandjean-1Gilles Grandjean, de Nogent, en a gros sur le cœur. Tellement gros que cet artisan maçon, à son compte depuis 35 ans, patron de trois salariés, a décidé de ranger la truelle. Son dépit est emblématique d’une époque qui a déclassé la valeur “travail”, qui a fait de louables choix de protection sociale sans forcement prendre la juste mesure d’effets pervers qui grèvent aujourd’hui l’ensemble d’une économie à bout de souffle, ou plutôt à bout de volonté et de repères. Gilles Grandjean a donc toujours travaillé. Il a 56 ans. À l’aube de cette année, il songe à trouver un nouveau collaborateur ; si tout se passe bien, il envisage de lui céder un jour son entreprise.

Il se met donc en quête d’un maçon. Il a sept mois devant lui. Il est serein. Il met aussi toutes les chances de son côté : il passe des annonces dans les médias, il sollicite la Capeb à laquelle il est adhérent, et naturellement, il contacte Pôle Emploi. Mettons tout de suite un terme à l’insoutenable suspense : en 6 mois, il n’a pas reçu un seul coup de téléphone. Pas une lettre.

blog eco g Gilles_Grandjean-1Pôle Emploi a fini par retenir trois “profils” ; le premier était vraiment intéressant… mais nullement intéressé. Sans rencontrer l’employeur, sans rien savoir du job proposé et sans connaître le salaire envisagé, il a décliné la proposition. Les deux autres n’ont pas même daigné répondre. Il s’agissait seulement d’exercer le beau métier de maçon, au sein d’une entreprise qui tournait. Et peut-être plus si affinités. Rien. Personne.

Pendant 35 ans, Gilles Grandjean a cotisé ; il a payé toutes ses charges sociales, il a payé pour le chômage ; il s’interroge aujourd’hui avec quelque bon sens : notre société n’indemnise-t-elle pas trop le chômage pour que les bénéficiaires de ces aides préfèrent ne pas travailler ? Amer, pour le moins, Gilles Grandjean a baissé les bras. Il a fermé boutique et vend ce qu’il peut vendre. La Haute-Marne compte “juste” une entreprise de moins ; des chômeurs de plus. Et des questions qui se posent avec de plus en plus d’acuité…