marc_roussel_forges_haut-marnaises-1Qui se souvient encore à Nogent de l’entreprise “Forges et estampage du Champ de Mars” créée en 1924. La Société nogentaise d’Instruments de Chirurgie (SNIC) y faisait fabriquer ses ébauches. À quelques mètres de là, le père de Marc Roussel, coutelier, construit une usine en 1969. Il y emploie une cinquantaine de personnes. (JHM du 3 mai 2016)L’entreprise a besoin de s’agrandir ; il rachète alors les Forges voisines. Jusqu’à 85 personnes travailleront dans l’entreprise qui produit alors 2 000 paires de ciseaux par jour !

Arrive ce que l’on sait : la concurrence du Pakistan, la chute vertigineuse des marchés dans les années quatre-vingt qui se traduit par un dépôt de bilan en 1984.

Quatre ans plus tard, le jeune Marc Roussel – qui a la forge dans le sang – reprend la société sous le nom de Forges haut-marnaises. Il redémarre seul avec son épouse. Travailleur acharné aux compétences multiples, on va le soir, il met toute son énergie, son sommeil et ses ours de repos dans le projet. Le métal, à nouveau, est chauffé, frappé, prend forme. Marc Roussel crée même progressivement quelques emplois, jusqu’à une dizaine, à l’aube des années 2000. C’est alors qu’Areva, un gros client, décide de se fournir en Asie. Gros trou d’air.

Marc Roussel comprend que l’avenir ne sera plus jamais comme avant. Il s’oriente délibérément vers ce que l’industrie nomme communément les moutons à 5 pattes, en très petites séries ; actuellement, ce sont par exemple des outils pour verriers. Certes, il ne reste plus beaucoup de verriers traditionnels en France ; mais encore moins d’entreprises capables de leur fournir les outils extrêmement spécifiques dont ils ont besoin.

Les Forges haut-marnaises sont réputées pour leur travail de l’alu, de l’inox, du laiton. Elles produisent des pièces à forte valeur ajoutée. Signe des temps : Marc Roussel voit revenir d’anciens clients séduits par les sirènes – et plus encore les prix – asiatiques. Mais parfois, les Chinois ont du retard ; ou alors la qualité laisse à désirer. Bref, il faut dépanner dans l’urgence. Les Forges haut-marnaises jouent les remplaçants. Mais pas au même prix !

Beaucoup repose, dans cette entreprise, sur son patron. Parce qu’il sait tout faire, et qu’il le fait. Quand il ne gère pas, il peut occuper n’importe quel poste, sur n’importe quelle machine. Marc Roussel a complété ses études à l’École des Forge de Creil par des diplômes ou des compétences avérées de fraiseur tourneur, d’ajusteur, de dessinateur, d’électromécanicien etc. Vous en connaissez beaucoup, des gens capables de produire, pour les carrières, un pas de vis double filet en forge uniquement, sans usinage ?

Cette méthode-là à un coût : des journées de 5 h à 19 h et des livraisons urgentes qu’il effectue lui-même (40 000 km/an).

Le fer… en alu

La pièce emblématique – s’il en faut une – des Forges haut-marnaises est sans doute le fer à cheval en alu. La version “saut d’obstacles” est utilisée par des compétiteurs internationaux. Le fer est beaucoup plus léger, ce qui est déjà une vertu majeure à ce niveau. Son dessin, son profil sont étudiés pour “amortir” les chocs lorsque le cheval pose le pied, ce qui évite les blessures de fatigue. Une autre version, plutôt “vétérinaire” permet de corriger des boiteries. Ce fer est certes plus cher que le modèle ancestral, en acier. Mais il s’use moins vite et peut être réutilisé. Alors ?

Alors la distribution est restée confidentielle, auprès de quelques écuries de très haut niveau. Pourtant, le potentiel du produit est riche tant l’équitation se développe. Peut-être manque-t-il un commercial qui ne fasse “que ça”. Mais on ne saurait demander à Marc Roussel de rajouter encore des heures à son emploi du temps…