Le parcours d’un artisan est souvent bien plus riche qu’on ne l’imagine. Le trajet professionnel de Sébastien Noirot, artisan cessionnaire de son état, est une quête de sens. (JHM du 28 février 2017)Comme souvent ceux qui travaillent avec leurs mains, l’homme réfléchit beaucoup. Il fut enseignant, dans une autre vie et en a conservé une appétence certaine à transmettre. Donc le voilà aujourd’hui cessionnaire. Sur le papier, c’est un forestier : il achète des bois sur pied, à l’ONF ou aux propriétaires privés. Puis il fabrique : il abat, il débite, il fend, il stocke (2 ans) afin que le bois qu’il vend (aux particuliers) ait un taux d’humidité qui tutoie les 20 % : le top dans une cheminée.

Il avait une maîtrise d’économie en poche quand il a résolument fait bifurquer sa vie “au chaud” vers les sous-bois parfois moins confortables du Bassigny. L’ONF est son premier client, c’est l’Office qui fait de lui un cessionnaire par les contrats d’achat de bois sur pied.

«Je n’ai jamais perdu de client», se plaît à souligner Sébastien Noirot qui se considère en même temps en perpétuel apprentissage ; chaque jour, la donne change : la météo, la topographie, l’état sanitaire de l’arbre… Il s’adapte et se réjouit de cet aspect de son métier. Il passe donc le plus clair de ses heures dans les bois, et s’y trouve bien. Sous les frondaisons, il préside aux épousailles d’un travail physique et d’une pensée écologique “à l’ancienne”. Il revendique une démarche “paysanne” qui sent la nature et en connaît les lois : «la forêt vit toute seul et nous donne des leçons. La Nature n’a pas besoin de nous et on doit la respecter». Il connaît les essences, les terrains, et les théoriciens de l’écologie moderne. Il sait naturellement analyser un marché et recouvre pudiquement d’un sourire résigné les 50 % des bois d’affouages de particuliers qui sont revendus en toute illégalité – et bien sûr sans charges ni taxes – ce qui s’appelle aussi, mais ailleurs “distorsion de concurrence”.

Doublement inscrit à la Chambre de métiers et à la Chambre de commerce, il cultive à dessein une posture de paysan sage, en quête de sens autant que de moissons.