Voilà 21 ans, au terme d’une leucémie terrassée par la volonté, le Haut-Marnais Bernard Brulez contraint le cours de sa vie à un sacré virage : l’ancien kiné réputé dans l’Héxagone pour ses compétences dans le genou se lance dans l’implant ligamentaire synthétique destiné à la chirurgie orthopédique et traumatologique, domaine très décrié à cette époque là. (JHM – Supplément Entreprises novembre 2015)

Aujourd’hui, sa société, le laboratoire de recherche LARS, est devenue à Arc-sur-Tille le leader mondial dans cette petite niche. Plus de 100 000 implants ont été utilisés cette dernière décade dans de nombreux pays par les meilleurs chirurgiens arthroscopiques. LARS et son patron ont reçu moult récompenses parfois prestigieuses. Les publications scientifiques universitaires se succèdent dans le monde entier.

À cette consécration technique, scientifique, répond en écho une réussite entrepreneuriale exceptionnelle : LARS, qui compte sept collaborateurs et quelques prestataires de haut niveau, ne descend jamais sous le million et demi d’euros de résultat net par an depuis plusieurs années. «Dire que tout a débuté dans un hangar» sourit Bernard Brulez. Il pourrait facilement se contenter de ses rentes, ou se laisser séduire par le chant des sirènes américaines et chinoises fort intéressées par son succès.

Ce serait mal connaître le personnage, l’esprit sans cesse occupé par l’obsession du projet et du challenge. Citons en trois, et non des moindres :

– Pénétrer le si difficile marché américain qui s’arc-boute sur le refus du ligament artificiel depuis plus de 20 ans.

– Reconfigurer totalement son labo afin de devancer des normes en constante évolution.

– Et surtout engager un nouveau programme de recherche et développement permettant la mise au point dans les 6 années à venir d’un ligament de 4ème génération. Ce ligament en polymère sera bio actif, bio intégrable et bio dégradable. Cette petite révolution en gestation appelle un budget de 9 à 10 millions d’euros ; le laboratoire deviendrait une usine…

Dans les 2 années à venir, l’implant ligamentaire de 3ème génération bio actif et bio intégrable sera sur le marché. Il représentera une solution avantageuse de remplacement du ligament actuel en attendant celui de 4ème génération, dont la structure ne sera plus synthétique mais proche d’un tissu naturel.

Mais ne serait-ce pas qu’une suite logique d’une démarche qui depuis le début consiste à investir chaque année dans la recherche et l’outil de travail ?

Bernard Brulez a ses racines profondément ancrées en Haute-Marne, où il vit. Il est aussi – on le sait moins – le PDG, l’actionnaire majoritaire, bref, le stratège de la société Lasserteux à Nogent, au cœur même du propos de ce dossier. Car Lasserteux, où 14 personnes fabriquent des instruments chirurgicaux à l’aide entre autre d’un centre d’usinage à grande vitesse des plus performants est naturellement complémentaire de LARS. Le Laboratoire bourguignon est d’ailleurs un donneur d’ordres important de la société Lasserteux, pour toute son instrumentation chirurgicale.

Pas facile, avec Bernard Brulez, d’évoquer l’un ou l’autre au présent ; cet homme-là ne pense qu’au futur. Les survivants de son espèce, on les appelle les visionnaires.