Les Forges de Bologne, qui préparent le déménagement à Chaumont, redonnent leurs lettres de noblesse à un métier et un savoir-faire uniques. Marché visé : le monde. Objectif : l’excellence.

Lorsque les Forges de Bologne ont annoncé leur déménagement à Chaumont, un certain désarroi – pour le moins – s’est emparé des Bolognais. Il est vrai qu’il se trouve quelques fondements historiques pour que les Forges s’appellent “de Bologne”.

Les archives sont loquaces. Dès 1660, elles mentionnent là l’installation d’une forge dans les murs d’une autre qui l’avait précédé. Depuis quand ?

Le siècle de Voltaire et de Diderot y est riche de transformations techniques. Dans le dernier quart du 19e s’y développe la coutellerie Sommelet, qui est aussi une colonie industrielle ; les jeunes délinquants parisiens vont acquérir dans les ateliers, pas toujours de leur plein gré, au travail de l’acier, les rudiments de morale qui leur font peut-être défaut. L’entreprise s’ouvrira ensuite aux orphelins puis aux adolescents haut-marnais.

Un industriel nogentais, Antoine Vella-ferrand reprend l’usine et y met au point le forgeage des pièces d’aluminium. Parallèlement se développe l’aviation qui ne s’appelle pas encore aéronautique. Le métal y devient majoritaire dans les appareils ; les Forges en profitent. La coutellerie disparaît de la production dans les années soixante. Les Forges de Bologne modernes se profilent déjà sous les ailes…

C’est donc sur ce site particulier, très particulier – on va le voir – que les Forges, propriété du groupe Lisi, se sont développées et sont devenues la première forge aéronautique de France. Ce n’est pas un paradoxe : l’histoire du site porte en elle la nécessité du déménagement. La rigueur absolue (optimisation des flux) qui prévaut aujourd’hui dans l’industrie en général et la filière aéronautique en particulier ne pouvait pas conjuguer au futur le verbe exister dans un ensemble hétéroclite de… 56 bâtiments en partie plantés dans une zone inondable et régulièrement inondée. 6 000 m² ont plus de cent ans d’âge ! Répartie sur un terrain de 10 ha, l’usine occupe actuellement 47 000 m². La prochaine ne fera “que” 40 000, mais tout y sera un peu (beaucoup) mieux agencé. Mieux que tout autre, un chiffre donne une idée de la complexité des flux aujourd’hui : 4 kilomètres ; telle est la distance que parcourt la pièce entre le magasin de stockage de la matière et sa sortie d’usine. Un tantinet trop long, assurément.

Que Lisi ait choisi de déménager si près de son site historique est sans doute l’aspect le plus valorisant de cet énorme projet pour notre territoire ; l’argument qui a prévalu est la qualité des hommes. Il y a ici – notre ouvrage en atteste – un savoir-faire métallurgique sans doute unique en France. Les Forges de Bologne restent haut-marnaises. Ouf !

La construction des deux principaux bâtiments sur le site de Plein Est devrait débuter à l’été 2018. Le transfert du département « moteurs » commencera à l’été 2019. La fin du transfert de l’ensemble des activités est prévue pour décembre 2021.

Paré de mille vertus, le nouveau site doit permettre notamment de livrer les clients le jour dit à l’heure dite sans avoir à gérer des stocks pléthoriques. Demain, aux meilleurs standards des forges aéronautiques, les Forges de Bologne compteront parmi les toutes premières forges mondiales. Voilà l’enjeu de ce déménagement.

Aujourd’hui, le chiffre d’affaires atteint 108 millions d’euros dont 95 % réalisés avec le marché aéronautique. 30 % sont dédiés à l’export direct.

Le département “moteurs” (essentiellement les aubes de compresseurs pour les réacteurs) représente un tiers du chiffre. Le département “structures” produit toutes les autres pièces forgées (encadrements de hublots, trains d’atterrissage etc.). L’acier traditionnel n’est quasiment plus travaillé, au profit du titane, de l’aluminium, des aciers spéciaux, matériaux qui conjuguent légèreté et propriétés mécaniques de haut vol.

Safran, le motoriste, et Airbus comptent parmi les principaux clients : Les Forges de Bologne jouent dans la cour des très grands, là aussi où nul ne supporte le presque parfait.

Le marché aéronautique se porte globalement bien. Cela se ressent sur l’activité du premier employeur privé de Haute-Marne : à plus 1 ou 2 %, le chiffre d’affaires est stable, mais une stabilité adossée à deux exercices records ! Les perspectives restent favorables. La direction du site n’envisage rien d’autre que de rester sur ce plateau haut, malgré le féroce appétit des concurrents francais ?, allemands, anglais, américains ou asiatiques. Pour être plus proche du marché nord-américain, les Forges de Bologne ont implanté il y a quelques années une usine fille à Chihuahua (Mexique). On y usine des pièces forgées en Haute-Marne, à proximité des ateliers d’assemblages des constructeurs américains. En investissant ainsi outre-Atlantique, le groupe s’assurait des commandes dont bénéficie aujourd’hui le site de Bologne. La complémentarité est aussi primordiale avec le site de Parthenay, qui lui usine les aubes forgées le long des rives capricieuses du cours haut de la Marne.

De fait, ici aussi, l’usinage arrive au cœur des préoccupations de l’industriel. Le “brut de forge” n’est plus qu’une étape, interne. Mais les pièces primaires sont livrées usinées ou pré-usinées aux clients. Cette compétence supplémentaire allonge la chaîne de valeur ajoutée et permet de simplifier la chaîne logistique de ses clients en combinant forge et usinage. Les Forges de Bologne ont sans doute aujourd’hui trouvé le dosage du meilleur compromis entre la forge pure et dure qui faisait – qui fait – la fierté des collaborateurs de l’entreprise, et la part de l’usinage, croissante, qui s’inscrit dans le sens de l’histoire.

Bien sûr, à Bologne aujourd’hui, à Chaumont demain, les Forges font vivre un conséquent bassin d’emploi, à l’aune de la Haute-Marne. Mais elles fournissent aussi du travail à de nombreux sous-traitants, comme Chesneau à Sarrey, expert patenté dans le polissage des aubes de réacteurs.

Signe des temps, les “serviteurs” de la forge d’aujourd’hui tendent à renouer avec les plus grandes traditions ouvrières, traditions mâtinées de légitime fierté, de savoir-faire, d’exigence, d’excellence. À ses métiers, les Forges de Bologne entendent bien redonner les lettres de noblesses d’antan. À Bologne aujourd’hui. À Chaumont demain.

(Hors-série “Forges et Fonderies” – Janvier 2018)

 

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