La nouvelle façade réalisée il y a 2 ans déjà ne donne qu’une pâle idée des changements opérés ces dernières années aux Forges de Froncles. Plus que jamais, l’usine tient son rang au sein de l’exigeante industrie automobile.

Les Forges de Froncles peuvent être emblématiques du syndrome de moult forges haut-marnaises ; parce que le site est ancien, comme inscrit depuis des lustres dans le paysage, on n’imagine pas toute la technologie et le savoir-faire qu’abritent les hauts murs de l’usine. Des murs qui, soit-dit en passant, ont fait l’objet d’un lifting réussi ces dernières années auquel s’ajoutent différents investissements visant à améliorer les conditions de travail (vestiaires, douches bureaux …) . Mais ce ravalement de façade n’est rien comparé à la révolution menée dans tous les domaines par Christophe Pinay et ses équipes. On est bel et bien au sein dans une usine moderne, performante, au cœur d’une filière d’excellence, exigeante s’il en est : l’automobile.

Le moteur à explosion n’était pas encore au point, en 1756, alors qu’une forge à chaud est déjà mentionnée dans les archives. Un siècle plus tard, ces mêmes archives attestent la présence d’un marteau-pilon et de laminoirs. La société anonyme des Forges de Froncles est enregistrée en 1906, il y a donc plus de cent ans. Dès 1927, l’automobile entre en scène, et de la plus flagrante des manières : Citroën rachète la société. Quelques décennies plus tard, le constructeur spécialise l’usine dans le laminage de tôles à froid pour des éléments de carrosserie.

Citroën revend l’usine en 1981. Plusieurs propriétaires prestigieux s’y succèdent depuis, dont Usinor-Sacilor, Valfond etc. Le dernier en date, le groupe allemand ABC (Altenloh, Brink and Co) aux commandes depuis 2006 a permis à ce site de franchir une étape supplémentaire dans un contexte de crise exceptionnelle. Après la grosse Machine de frappe mise en production courant 2009, les investissements se sont élevés à plus de 6 millions d’euros sur les six dernières années sur le site.

Contrairement à d’autres forges haut-marnaises, on y pratique la frappe à froid : le métal n’est pas chauffé mais déformé au rythme d’une à deux pièces à la seconde. L’entreprise développe et produit des pièces d’acier et d’aluminium de 50 à 700 grammes essentiellement pour l’industrie automobile. 90% de ses clients sont des constructeurs automobiles (PSA, Renault-Nissan etc.) ou des fournisseurs de rang 1. Si le cœur de métier reste la frappe à froid, les Forges de Froncles leur livrent des pièces avec des opérations complémentaires de traitement thermique, roulage usinage et rectifications afin d’apporter la meilleure solution technico-économique.

Le site dispose de 5 certifications (Qualité, Automobile, Environnement, Santé et sécurité au travail, énergie) appréciées des clients et démontrant une démarche d’amélioration continue.

En quelques années la part export est passée de 25 % à 54 %. Faut-il s’en réjouir, ce n’est pas sûr. Bien sûr de nouveaux clients ont été acquis mais la moitié de cette croissance à l’international estla conséquence de la délocalisation des productions hors de France. Les Forges de Froncles continuent de livrer des clients qui sont partis à l’étranger et pas uniquement dans les pays à bas coûts (Allemagne, Italie, Espagne,..) !

Face à une concurrence étrangère toujours plus agressive et qui progresse également, l’usine de Froncles n’a d’autre alternative que tendre vers l’excellence.

Dans les faits, dans l’usine très concrètement, cette démarche s’est traduite par une réorganisation complète des flux, des investissements dans l’outil de production et de la formation intensive pour monter en compétence.

Pour accompagner ses salariés dans ces évolutions, l’entreprise a souhaité engager un programme de formation à la mesure des enjeux. Le budget consacré à la formation, représente 6 % du chiffre d’affaires. 77 % des salariés ont bénéficié de formations souvent qualifiantes. Un effort particulier a également été porté sur les langues étrangères, « nécessité absolue » dans un contexte industriel mondialisé.

La “vieille dame” de Froncles est devenue une entreprise moderne qui, pour une forge, ne compte pas moins de 21 % de femmes. Mieux : sur les 26 collaborateurs recrutés en 2016, 46 % sont des femmes. Julia Varnier-Vignol, en charge des systèmes de management qualité-sécurité-environnement-énergie est bien déterminée à poursuivre l’effort entrepris dans ces domaines. De même l’âge moyen a baissé de 3 ans depuis 2010. On le voit, l’image de la forge d’antan mérite d’être dépoussiérée.

En conclusion et pour reprendre les propos du DG : « Même si de belles étapes ont été franchies, un travail important reste à accomplir pour atteindre ce niveau d’excellence. En sport on peut se satisfaire d’une médaille d’argent, mais dans l’industrie, pour concrétiser une commande, seule la première place compte (innovation, compétitivité, qualité, réactivité…)»

(Hors-série JHM  “Forges et Fonderies” – Janvier 2018)