Avec sa forge toujours prête à fabriquer des moutons à cinq pattes, Marc Roussel vient de fabriquer des pièces disparues pour un collectionneur qui restaure un avion de 14-18 !

Le SPAD S.VII est un avion biplan français utilisé lors de la Première Guerre mondiale. Il fut l’appareil d’un certain nombre d’as, dont Georges Guynemer. L’avion était fabriqué par la SPAD. Il était reconnu comme un appareil extrêmement fiable. Naturellement, il en reste très très peu, caractéristique qui le rend fascinant pour les collectionneurs. Il s’en trouve parmi eux une poignée de passionnés ; ils ont entrepris d’en restaurer un en respectant scrupuleusement les caractéristiques des pièces de l’époque : même acier, même forme, mêmes dimensions. Las, on s’en doute, les pièces d’origine ont disparu depuis des lustres. Mais pas les plans de celles-ci.

Les collectionneurs ont donc cherché des forgerons assez fous pour frapper les pièces qui leur manquent dans des séries des plus réduites. Grâce à Internet, ils ont trouvé les Forges Haut-Marnaises (Nogent) et l’excellent Marc Roussel, qui adore les défis, en a pris quatre : des colliers d’articulation d’essieu, une attache de câble (à l’époque les câbles actionnaient tout) et une attache de ceinture.

On s’en doute, la fabrication de l’outillage a coûté infiniment plus cher que la matière première, de l’acier au carbone C45.

En 1988, le jeune Marc Roussel – qui a la forge dans le sang – reprend la société sous le nom de Forges haut-marnaises. Il redémarre seul avec son épouse. Travailleur acharné aux compétences multiples (déjà) il met toute son énergie, son sommeil et ses jours de repos dans le projet. Marc Roussel crée même une dizaine d’emplois, à l’aube des années 2000. C’est alors qu’un client majeur décide de se fournir en Asie. Gros trou d’air : il perd en quelques heures 80 % de son chiffre d’affaires !

Marc Roussel réagit opportunément. Il s’oriente délibérément vers ce que l’industrie nomme communément les moutons à 5 pattes, en très petites séries. Il multiplie ces multitudes de petites séries, essentiellement pour le secteur agricole. Il travaille des pièces de 10 g à 5 kg et peut même travailler des pièces refoulées de 1,50 m de long. Il sait qu’il n’est jamais autant apprécié par un client que lorsque celui-ci demande l’impossible après avoir essuyé moult échecs. En moins de 15 jours, Marc Roussel fabrique l’outillage, puis les pièces demandées, et enfin il livre. Essayez de faire de même avec les Chinois…

Les Forges haut-marnaises sont réputées pour leur travail de l’alu, de l’inox, du laiton. Elles produisent des pièces à forte valeur ajoutée.

Beaucoup repose, dans cette entreprise, sur son patron. Parce qu’il sait tout faire, et qu’il le fait. Quand il ne gère pas, il peut occuper n’importe quel poste, sur n’importe quelle machine. Marc Roussel a complété ses études à l’École des Forges de Creil par des diplômes ou des compétences avérées de fraiseur tourneur, d’ajusteur, de dessinateur, d’électromécanicien, etc. Ça aide, quand il s’agit de refaire un Spad qui ne vole plus depuis un siècle…